Délirium (pas) très mince



Salut à toi mon très cher estropié,
(à ne pas confondre avec estromain parce que ça ce sont ceux qui se sont ça c'est sûr fait mal à la main.)

Alors comme ça tu t'es cassé la figure en sortant de ta douche et te voici désormais cloué dans un fauteuil toute la sainte journée à regarder par la fenêtre en te demandant ce qui t'as pris de vouloir absolument prendre cette saloperie de douche et vlan patatras tu te retrouves maintenant avec une jolie jambe enrubannée de plâtre même que ceux qui le désirent peuvent écrire ou apposer leur autographe dessus et moi je t'envoie cette petite lettre pour te dire combien je suis désolé de ce qui t'arrive mais après tout c'est un peu de ta faute tu n'avais pas besoin d'aller sous le jet d'eau tiède pour enlever de ton corps toutes ces minuscules impuretés qui s'accrochaient à ta peau comme la misère s'accroche aux pauvres gens pire que des morpions affamés te donnant ainsi le besoin irrépressible de les ôter par un moyen extrêmement radical qui est de faire couler sur soi de l'eau à bonne température c'est à dire ni trop chaud ni trop froid et de passer partout où cela est possible une savonnette avec toute l'application nécessaire pour cette activité oh combien inutile afin qu'elles se noient et disparaissent dans le siphon de la douche tendant leurs petites mains vers toi avant d'être englouties pour toute l'éternité en hurlant comme des damnés que jamais oh grand jamais elles n'avaient demandé à vivre et alors que tu es là à méditer sur ton triste sort les yeux dans le vague assis dans ce fauteuil qui très content de te retrouver te procure avec sa gentillesse coutumière tout le bien-être dont tu as besoin pour te soulager du mieux qu'il le peut et ainsi te prouver avec une gratitude extrême qu'il est très heureux de cet honneur que tu lui fais de t'asseoir sur lui et ne faisant plus qu'un avec ce doux ami qui partage tes joies mais également tes peines tu te laisses envahir par une douce torpeur qui te fait te sentir satisfait d'être là et de pouvoir ainsi contempler la nature par la fenêtre grande ouverte cette nature si belle qui veut bien nous montrer combien elle est jolie parée de mille couleurs pour notre plus grand plaisir changeant souvent tout au long d'une année sa palette de douceurs tels de doux éclats de diamants allant du blanc féerique de l'hiver au jaune ensoleillé des longues journées d'été en passant par des verts comme dirait un ver de terre du plus bel effet sur les feuilles des arbres qui couvrent nos forêts puis aux rouges éclatants aussi beaux que du sang quand arrive l'automne et cette nature qui nous offre toute sa générosité n'est jamais rancunière de tout le mal que nous pauvres humains inconscients lui faisons jour après jour et toi toujours assis dans ton fauteuil tu te laisses emporter par des rêves oniriques de bonheur amplement mérité et tu vogues par l'esprit vers de douces pensées en regardant au loin des abeilles butiner que cette nature t'as également offert comme une offrande à quelqu'un sachant apprécier le bon miel que ces mignonnes petites bêtes produisent à raison de trois pots d'une grosseur disons comme ma tête mais sans mes oreilles ce qui fait déjà pas mal pour des bêtes aussi petites puis ton regard se tourne vers le ciel et là tu t'abandonnes par-delà les nuages transformant avec bonheur ce qui pourrait paraître un calvaire de rester immobile jusqu'aux plus profondes heures de la nuit dans ce fauteuil qui ne veut plus te quitter tellement il se sent bien avec toi la jambe tendue et aussi raide que ce truc bizarre que je remarque tous les matins dans mon lit en me réveillant que je me demande comment ça fait pour ne pas exploser mais un médecin m'a dit que c'était tout à fait normal ça veut dire qu'on est en bonne santé alors moi je dois être en rudement bonne santé parce que des fois ça me chatouille jusque sous la gorge et une gracieuse félicité t'envahit assis là devant ta fenêtre et tu es très heureux de voir cette nature qui te sourit et te fait un petit clin d'œil complice ça y est j'ai fini ma phrase j'espère qu'elle n'était pas trop longue et que tu as tout compris.

Bon rétablissement cher estromain, (ah non zut, c'est estropié !).
PS : moi je n'ai jamais eu de pied dans le plâtre car je ne prends jamais de douche. (Ça se sent un peu non ?)
Ton ami,
Mario

Auteur : mario vannoye
Le 04 octobre 2009