Vibrations temporelles



Est-ce que vous êtes bien installé devant votre écran ou dans votre fauteuil préféré pour lire cette histoire ? Peut-être est-il déjà très tard, toute votre famille est couchée, et vous êtes là à tuer le temps car le sommeil ne veut pas venir. Si j'étais vous, j'irais de suite contrôler que votre porte d'entrée est fermée à double tour et que les volets sont tous bien clos, alors que le vent se déchaîne et siffle une lugubre mélodie là au-dehors.
Des manifestations inexplicables, voire même surnaturelles ont commencé à se produire. D'’aucuns prétendent que ces évènements relèvent de mon imagination, d'’un esprit trop influencé par ses lectures. Il n'’en est rien.
Cela existe, et si vous venez d'’effectuer les recommandations que je viens de vous donner, c'était tout à fait inutile, car c'’est d’'un ennemi bien plus redoutable dont vous devez vous méfier, et cet ennemi s'’appelle le Temps.
Au fait, avez-vous vérifié dans la chambre de vos enfants ?





Il est 7 h.35. John prend son petit déjeuner avant de partir pour l'école, à douze kilomètres de chez lui. Son autobus passe à huit heures tapantes, et le chauffeur ne souffre aucun retard. Sa mère tourne autour de lui dans un froufrou de robe de chambre, lui préparant ses affaires et son petit casse-croûte de 10 heures, avant de déposer un baiser sur son front et de retourner se coucher. Elle gravit les marches péniblement à cause de son arthrose. En passant devant la chambre de son fils, elle a un haut le coeur car elle voit distinctement une ombre bouger dans le rayon de lumière jaune qui passe sous la porte fermée, alors que son enfant est en bas en train de se dépêcher de déjeuner. Ils ne sont que deux dans la maison, son mari est parti une heure auparavant. Elle ouvre la porte en grand et rien ni personne n'est dans la pièce où le peu de clarté qu'il y a est celle qui vient de la fenêtre aux volets fermés. Tout est gris là dehors, et il pleut. Elle se dit qu'elle a dû s'imaginer une chose pareille, et elle referme la porte en frissonnant, une sensation angoissante lui donnant un arrière goût désagréable.
Il s'en est fallu de quelques dixièmes de secondes pour qu'elle se retrouve nez à nez avec son fils, là au premier étage, alors qu'il est en même temps dans la cuisine très occupé à réviser dans sa tête la table de multiplication par 9, une des plus difficiles à retenir, tandis qu'il pose dans l'évier son bol vide de chocolat chaud.





A la sortie du village, trois heures plus tard, la vieille mère Pozzoli donne à manger à ses chats dans la cour de sa maison délabrée. Elle en a vingt-sept en tout. A l'intérieur, l'odeur en est quasiment insupportable. Autrefois s'était une femme vraiment très belle, faisant tourner la tête à bon nombre représentants de la gent masculine. Mais c'était dans une autre époque, au temps où les dames portaient des montagnes de jupons en dentelle, des capelines et des chapeaux, et où les messieurs demandaient aux jeunes filles assises sur un banc pendant le bal si elles voulaient bien leur accorder une danse. Elles répondaient un "oui" timide en baissant la tête, rouges de confusion et toutes émoustillées devant tant d'audace.

Maintenant la vieille Pizzoli comme on l'appelle dans le village est devenue une femme sans âge et presque sans sexe, la peau parcheminée tel un papyrus sorti d'une tombe égyptienne, toujours habillée de noir, une épouvantable odeur de rance et d'urine la suivant dans ses moindres déplacements.
Elle ne reçoit jamais personne, et pour cause. On la dit même un peu sorcière.
Elle donne donc à manger à ses nombreux chats quand elle entend une voix qui ressemble étrangement à la sienne sortir par la porte grande ouverte de sa maison. Sur le coup elle en fait tomber la boîte 4/4 de boeuf en gelée aux petits légumes juste à côté de Ouistiti, Léonardo et quelques autres qui attendent leur pitance, tournant autour d'elle tel le requin du film "Les dents de la mer" en se frottant aux gambettes bien maigrichonnes de leur maîtresse, gambettes revêtues d'un vieux collant noir troué qu'elle n'a pas changé depuis au moins deux mois. Les matous s'éparpillent en tous sens en miaulant furieusement pour revenir aussitôt à la charge.
Elle s'’approche de sa bicoque de son pas traînant, chaussée d'’une très vieille paire de pantoufles, son vieux cœoeur battant la chamade autant qu'’il le peut encore.
Elle passe son nez plein de poils gris trop longs à la porte de la cuisine, et ne voit rien du tout de suspect. Elle s'engaillardit davantage et pousse jusqu'à sa chambre, trois chats sur ses talons. Sur le coup elle ne remarque pas la vieille femme qui furète dans son armoire, les portes grandes ouvertes la cachant à son regard. Puis l'autre les referme et celle qui vient de rentrer dans la chambre en a un malaise tellement intense qu'elle doit s'asseoir sur le lit, ses yeux jaune pisseux roulants dans ses orbites de frayeur et d'épouvante.
C'’est elle qui est là à chercher dieu sait quoi dans ses affaires, pas un sosie ou un clône d’'elle-même, mais elle qui refait exactement les mêmes gestes qu'une heure auparavant.
Elle entend presque ses vieux os trembler dans un cliquetis abominable et déchirant, tenant sa médaille de Saint Christophe entre ses doigts aussi crochus que des serres de rapace, psalmodiant des "Je vous salue Marie pleine de grâce" entre ses lèvres gercées. Dans sa bouche édentée cela donne une espèce de "Je vous salue marmites pleines de graisse" à peine audible.

Le Temps reprend son cours normal à ce moment précis. Les deux vieilles Pozolli qui en fait n'en sont qu'une mais à des instants différents sont projetées l'une contre l'autre dans un abominable et sinistre craquement d'os, chaque fibre du corps de l'une pénétrant dans celui de l'autre, en une lamentable et ridicule parodie amoureuse.
Le Temps d’'avant rattrape celui de maintenant, et la vieille mère Pozolli disparaît corps et âme, laissant ses vingt sept chats se débrouiller tous seuls.





Dans le même village mais dans une autre rue, à 18 h.19, Sam est devant la télévision sans prêter la moindre attention au fort intéressant programme qui s'y déroule. Il pense lui aussi à l'école mais pour une toute autre raison. En buvant une autre gorgée de grenadine, il se demande comment il va pouvoir éviter ce gros lard de Mike qui n'arrête pas de l'embêter, profitant de sa force et de sa bêtise pour le forcer à lui donner de l'argent. Il a déjà plusieurs fois piqué dans le porte-monnaie de sa mère, ce qui le rend malade de honte. Mais il n'ose en parler à quiconque, tellement désespéré d'être si malingre et si poltron au point de ne pouvoir se défendre tout seul.
Il essaie de rejeter toutes ces mauvaises pensées, se disant que demain est un autre jour. Ses parents ne rentrent que dans une demi-heure, sa soeur est chez une de ses foutues copines, une de celles qui hénissent comme un cheval quand elle rit, ce qui l'exaspère au plus haut point. Il est donc seul à la maison, mis à part le chat qui dort bienheureusement sur l'autre fauteuil.
Sam se lève tout d'un coup, éteint la télévision et monte dans sa chambre. Il prépare ses vêtements pour se changer après avoir prit sa douche. Il a pratiquement la main sur la poignée de la porte de la salle de bain quand celle-ci s'ouvre tout d'un coup et ce qu'il voit lui donne un drôle de rictus épouvanté sur le visage. C'est lui-même, déjà douché et rhabillé, les cheveux encore humides, et quand le Temps reprend sa place, le pauvre garçon est broyé, liquéfié, désincarné, et il n'en reste plus rien, même pas une petite particule vaporeuse. Cela s'est déroulé tellement vite qu'il ne s'en est pas rendu compte.

Un autre dérèglement du Temps vient encore de se créer. Pendant une semaine entière plusieurs perturbations spatio-temporelles se produiront, mais chacune différente. Certains ne se rendront compte de rien, quelques-uns deviendront fous à lier, d’'autres y laisseront la vie.






Le lendemain soir de ces trois évènements, Rick se prépare pour l'’observation astronomique organisée par son club. Il possède un magnifique télescope acheté un an plus tôt, et quand il est avec ses amis, il est réellement heureux de pouvoir partager sa passion.
C'est de plus en plus difficile de trouver un endroit approprié pour observer le ciel la nuit. Trop de rues éclairées, trop de lampadaires disséminés un peu partout, trop de monuments illuminés. Les hommes ont perdu cette relation privilégiée avec le firmament, comme pour se rassurer qu'en mettant tant de lumière ils n'auraient pas lieu de craindre --- quoi ? son prochain ? ses peurs ancestrales ? ou simplement lui-même ?

Autrefois les gens communiaient avec le ciel, la journée terminée. Il se révélait à eux dans toute sa splendeur, rythmait les saisons au grès des constellations d'hiver ou d'été. Une fois la Terre plongée dans l'obscurité ils pouvaient contempler à satiété toute la grandeur de l'Univers, sans se douter qu'il n'avait pas de fin. La voûte céleste, aussi rassurante que la main d'une mère sur son jeune enfant, participait à cette sensation bienfaisante de se sentir si petit et néanmoins protégé, avec là-haut ce qui touche le divin, et ici bas les contingences matérielles.
Désormais nous contemplons les étoiles de loin, la majorité ne se passionnant guère pour ces majestueuses compagnes qui nous observent nuit après nuit. Cette complicité avec le ciel n'existe pratiquement plus, les hommes étant trop affairés à leurs occupations quotidiennes, sans se douter un seul instant des miracles qui se produisent au-dessus de leur tête. L'on regarde ces merveilles occasionnellement, au hasard d'une halte crépusculaire, une fois le dernier réverbère passé à la sortie d'un village, parce que la nature nous invite à la redécouvrir et à nous sentir de nouveau tels que nous sommes réellement, de simples hommes faisant partie d'un tout immense.
Des chiffres vertigineux s'imposent à la pensée de Rick, et il connaît bien son sujet. Observer le ciel, c'est contempler le passé. En regardant le soleil c'est le voir tel qu'il était y a neuf minutes, Mars, il y a une demi-heure, Neptune, la plus lointaine de 'nos' planètes, il y a cinq heures, et Deneb, la plus lointaine des étoiles visibles à l'oeil nu, il y a trois mille ans. Et des millions d'étoiles, nébuleuses, trous noirs, galaxies et autres objets célestes à des milliards de kilomètres. De quoi donner le vertige !

Mais le Temps existe-il réellement ou n'est-il qu'une notion humaine pour donner une certaine dimension à ce qui s'est produit ou qui va se produire ? Vaste question qui n'aura comme réponse que celle que vous voudrez bien donner, et que pour ma part je vous révèle t-elle que je l'ai conçue, à savoir que parfois des vibrations temporelles ont lieu, que ce que nous croyons être n'existe pas, et ce décalage peut faire que des choses arrivent alors qu'elles viennent juste de se passer, que l'on se rencontre soi-même au détour d'une pièce ou d'un chemin, pour notre plus grand malheur.







Rick avait reçu la veille un e-mail l'invitant à une observation pour ce soir et y avait répondu de suite. On était le vendredi 29 février, et il avait écrit que c'était d'accord, terminant son courrier par "à demain". Ça c'était donc hier. Depuis quelques jours ils s'amusent tous les deux à penser à une chose et l'autre doit essayer de la deviner. Sans trop comprendre pourquoi, la plupart du temps ils y arrivent. Pour eux, ça doit être "de la télépathie extra-cognitive à impulsions sensorielles inter-cervicales à déplacements subjectifs non exposés aux rayonnements alpha de la pensée universelle qui unit les vibrations circonvolutionnaires de nos esprits entre deux mondes parallèles et identiques prêts à se fondre en une foudroyante métamorphose unilatérale et conjointement liée entre elles par une absolue communion amicale et par la compréhension de ce que nous pensons en même temps".
Phrase tellement compliquée et voulant dire tellement de choses qu'’ils l'’ont apprise par cœoeur.

Seulement voilà ! Nous ne sommes pas du tout le 29 février mais le 6 mars, la réunion est déjà passée d'une semaine, et les mêmes choses se reproduisent de nouveau sans jamais s'être réalisées. S'ils arrivent à aussi bien deviner les pensées de l'autre, c'est que régulièrement le Temps se déforme autour d'eux, la minute d'avant rattrapant celle d'après. Ils parviennent à se dire exactement ce qu'ils voulaient se dire, sans s'en souvenir le moins du monde, le Temps jouant avec eux par des allées et venues incessantes entre passé, présent et futur. La dilatation de l'espace-temps les font se rencontrer une minute ou quelques secondes avant ou après, prédiction formelle de la théorie du big-bang qu'un scientifique comme Einstein avait laissé entrevoir, ainsi que du concept des trous de vers, des raccourcis dans l'espace-temps.
C'’était très dangereux, leurs corps et leurs esprits pouvant se perdre dans l’'énigmatique infini existentiel qui n’'arrivera jamais tout en étant déjà là.

Rick se rendit donc sur les lieux de l'observation, persuadé que c'était pour ce soir là. Pendant ce temps il était tranquillement chez lui et révisait ses cours pour la semaine prochaine, car il avait des examens à passer. Le Rick qui se trouvait dehors à vingt cinq kilomètres de chez lui se disait qu'il était quand même surprenant que personne ne soit là, alors que d'habitude ils étaient déjà plusieurs à attendre l'obscurité complète pour observer le ciel.

Au même moment, le même garçon alluma son ordinateur dans sa chambre pour se détendre un peu et ouvrit sa boîte de messagerie. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles comme dit le proverbe. Il regarda ses anciens messages et fut un peu surpris de constater qu'un mail disait qu'ils devaient se retrouver aujourd'hui à 19 h30 pour une observation, alors que la semaine dernière ils en avaient déjà faite une. C'était assez bizarre d'être passé à côté de ce message, aussi il se dépêcha pour se rendre au lieu de rendez-vous, sans se poser plus de questions que cela.

Rick vit les phares d'une voiture qui grimpait le chemin pour accéder au parking. Il se dit que ce n'était pas trop tôt, car il était vingt heures passées. Le véhicule cahotait sur les pierres. Le conducteur ne semblait pas très rassuré. Une forme étrange de couleur verte ondulait autour de la voiture, la suivant telle une ombre. Elle l'enveloppait totalement, comme si elle faisait partie intégrante de l'automobile, comme si elle vivait autour d'elle, en pulsant telle une respiration. Puis une deuxième automobile suivit le chemin, mais cette fois-ci sans rien autour. La première disparut soudain comme par enchantement, pulvérisée dans l'atmosphère. Rick se demanda s'il n'avait par rêvé. L'autre voiture continua sa route et se gara sur le parking, la musique lancinante des Pink Floyd sortant des haut-parleurs de l'autoradio. C'était extrêmement bizarre, la même qu'il avait écoutée en arrivant ici. De plus c'était une voiture identique à la sienne. Rick ressentit un pincement au coeur, se demandant tout à coup qui cela pouvait-il bien être.

La musique s'’éteignit dans le véhicule, et la portière commença à s'’ouvrir. Un pied se posa sur le gravier, portant la même chaussure que lui.

Le garçon dans la voiture se demanda pourquoi il n'y avait pas plus de monde, à part une seule personne qui attendait. Il essaya de mettre un nom sur celle-ci, reconnaissant vaguement sa silhouette dans la pénombre, et se posant exactement la même question : qui cela pouvait-il bien être ? Il avait lui aussi vu le véhicule disparaître dans la nuit, pratiquement juste devant lui, avec cet étrange halo tout autour, et avait mis ça sur le compte de la fatigue, se disant qu'il aurait mieux fait de rester chez lui. Il sentait confusément que quelque chose n'allait pas, un sentiment indéfinissable qu'il n'arrivait pas à exprimer de manière concrète. Il arrêta l'autoradio, ouvrit la portière et commença à sortir de sa voiture, mettant un pied sur le gravier du parking.






C'est à cet instant précis que le Temps reprit sa place, pour s'imbriquer convenablement dans ce grand puzzle de la vie qui continue, seconde après seconde. Le véhicule qui avait si soudainement disparu refit cruellement surface sur le parking, avec à son bord un jeune couple qui voulait juste passer du temps ensemble seuls dans la nuit. Malheureusement pour eux, la fille et le garçon se retrouvèrent au mauvais endroit au mauvais moment, la dilatation temporelle se produisant juste à cet instant. Seulement cela se déroula le plus lentement possible, les secondes s'égrenant interminablement. Les effets sur nos deux amoureux fut des plus regrettables.
D'abord ils se demandèrent comment ils pouvaient se retrouver déjà là alors que quelques secondes auparavant ils n'étaient qu'au début du chemin. Puis ils éprouvèrent un violent mal de tête qui les firent saigner du nez, une vraie fontaine intarissable qui s'écoulait sur le corsage de la jeune fille, entre ses seins si blancs et si délicats, et sur la chemise toute neuve qu'il avait mise pour l'occasion pour le garçon, espérant ne pas la garder bien longtemps au cours de la soirée, si vous voyez ce que je veux dire. Il faut bien que les corps exultent, non ?

Un étau distordant fait de Temps, d'espace, d'antériorité et d'avenir qui se contracte et se déploie pour retrouver sa forme première comprima leurs corps si jeunes et tellement fragiles, les faisant ressembler à des monstres obscènes. Quelqu'un qui se serait trouvé juste à côté aurait entendu le craquement des os qui se brisent, l'ébullition du sang prêt à suinter par tous les orifices, leurs cris dans leurs gorges sur le point de jaillir mais ne le pouvant plus. Et tout redevint comme une seconde auparavant, instant figé dans l'espace, où nos deux malheureuses victimes se demandèrent ce qui venait de leur arriver, assis là dans leur voiture sur ce parking désert, lui avec sa chemise si propre, elle avec ses petits seins si blancs d'ingénue innocente, couleur qui vira de nouveau au rouge dans la seconde qui suivit, les vibrations temporelles reprenant leurs cours interrompus par une inexplicable hésitation qui leur donna une minuscule minute de répit, mais aucune chance de survie.

Leurs corps furent de nouveau secoués de spasmes incoercibles, leur sang jaillissant cette fois-ci par le nez, les yeux et les oreilles, hurlant tels des déments pour que cela s'arrête, leur peau se désagrégeant comme si elle était brûlée vive. Le Temps reprenait pour de bon sa place dans l'Univers. La friction temporelle désintégra leurs chairs dans un amalgame de particules dispersées dans le cosmos, passé et futur se mélangeant dans une énorme cacophonie de tous ceux qui ont existé ou qui existeront. Ils furent tous deux brassés, incorporés, broyés, liquéfiés, malaxés dans une fusion de ce qui a déjà été et qui sera encore, le commencement du Monde et la fin de tout chose.
Il ne resta plus rien de leur existence, pas même le véhicule qui les avait conduit jusque-là.

A cinq mètres d'où venait de se produire ce bien triste évènement, Rick se retrouva de nouveau seul, se demandant ce qu'il pouvait bien faire là à attendre que quelqu'un vienne pour l'observation. Il n'avait rien vu de ce qui venait de se passer, le Temps défilant en parallèle avec le sien, mais dans une autre dimension. Il était maintenant presque neuf heures. A part la voiture mystérieuse qui avait si soudainement disparue au milieu du chemin, personne n'était venu. Il n'avait pas du bien comprendre le message qu'il avait lu. Confusément il lui semblait revivre les mêmes moments qu'une semaine auparavant. Pourtant hier soir il avait bien répondu "A demain". Donc ce soir. Dès qu'il rentrerait chez lui, il relirait plus attentivement ce message, se trouvant franchement idiot d'être venu ici pour rien.
Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il s'en était fallu de très peu pour qu'il se rencontre lui-même, pour qu'il se voit dans un univers parallèle. Si cela était arrivé, c'est lui qui se serait retrouvé dans la dilatation de l'espace-temps, désagrégé en d'infimes particules procurant d'atroces souffrances.
Il rentra chez lui, rangea son matériel d'astronomie, puis téléphona à son ami pour lui demander qu'est-ce que c'était que cette histoire de rendez-vous pour "demain" alors que personne n'était venu.
Il lui répondit qu'il se trompait complètement, que ce n'était pas pour ce soir, mais pour...dans une semaine !

Aussi si l'’on vous dit ‘"à demain"’ ou ‘"à vendredi prochain’", faites bien attention à ce que ce soit la bonne date, pas une vibration temporelle qui vous fait croire que demain n'est pas demain mais un autre jour.
Le Temps peut nous être si néfaste parfois. Jamais il ne respecte ce qui se fait sans lui...

auteur : mario vannoye
D'après une idée très originale de maxime gauthier
le 16 mars 2008