Photos numériques



Depuis le temps que j’en rêvais, j’ai enfin pu me l’acheter cet appareil photo. J’ai économisé de longs mois pour pouvoir me l’offrir, et quand Rick, un ami, me proposa d’acquérir le sien, je n’hésitais pas une seule seconde, sans même discuter du prix.
Quand je le pris en main pour la première fois, je sentis comme une petite décharge électrique dans tout mon corps, comme si l’appareil était vivant et qu’il ne faisait qu’un avec moi.
Mon club d’astronomie organisait justement une sortie aujourd'hui et je ne me contenais plus d’attendre pour prendre de superbes photos de la voûte céleste. Enfin le soir arriva et je retrouvais les quelques membres du club qui avaient osé braver le froid pour venir observer le ciel, d’une limpidité exceptionnelle pour une fois.
Après avoir monté mon télescope, j’installais l’appareil sur le tube, prêt à prendre quelques clichés, et voir ce que cela donnait. C’est un Réflex, et les personnes qui en connaissent toutes les possibilités savent ce que l’on peut faire avec un tel modèle.



Rick était là, avec le petit groupe des habitués, ainsi que Floyd. C’est vraiment quelqu’un celui-là ! Environ vingt-cinq ans, grand et assez mince, le visage allongé comme un jour sans pain et d’un teint blanchâtre, à se demander s’il a déjà vu le soleil au moins une fois dans sa vie.
On dirait qu’il vit dans un monde parallèle, pas franchement avec nous ni franchement ailleurs. C’est comme s’il se prend tout le temps des fragments d’hébétude en pleine figure, comme si le temps se coagule autour de lui, et qu’il n’arrive pas à vivre les mêmes instants aux même moments que nous tous.
Au début il nous donnait un peu la chair de poule, chacun se demandant comment un tel être pouvait exister. Puis au fur et à mesure nous nous sommes rendu compte que c’est quelqu’un de très attachant, d’une douceur infinie, que l’avarice de ses paroles n’est que le reflet d’une réflexion intense à propos de mille sujets différents. Quand il parle, nous sommes comme accrochés à la magie des mots qu’il emploie, même si parfois on a du mal à en comprendre tout le sens. Il a un langage particulier. Par exemple, il ne sait pas dire ‘regarder’, mais il dit ‘rouéter’. Il ne dit jamais ’je vais voir’ mais ‘il faut que je vouailles’. On trouvait ça un peu étrange, puis on s’y est habitué.

Il a une théorie fort plaisante sur l’astronomie, à savoir qu’il y a deux catégories de personnes qui s’y intéressent. Il y a ceux qui observent d’une façon académique, qui savent vous donner tout un tas de chiffres sur les distances en années-lumière, qui connaissent l'emplacement exact de telle étoile ou telle galaxie. Puis il y a ceux qui contemplent le ciel d’une façon poétique, admirant l’incomparable beauté de tout ce qui s’y trouve, ressentant avec émotion la grâce majestueuse des milliers d’objets célestes, la profondeur ténébreuse qui nous remet à notre place, petits hommes minuscules trop souvent esclaves de notre arrogance et de nos mesquineries. Pour lui, nous ne sommes que des poussières d’étoiles, aussi banales qu’une particule élémentaire, mais en même temps tellement importantes pour former l’ensemble de l’univers.
Je partage son point de vue et je le trouve très beau.
Je crois faire partie de la deuxième catégorie, celle qui observe d’une façon poétique et presque lyrique, les deux se complétant l’une l’autre, indissociables et si merveilleusement émouvantes. C’est vrai que j’ai toujours un mal fou à me rappeler le nom des étoiles, et ne me demandez surtout pas l’ordre des constellations du zodiaque.

Quand le jour revêtit pour de bon son manteau couleur d’ébène, le firmament se révélant enfin à nos fébriles attentes, je commençais à prendre quelques photos en longue pose de la nébuleuse M42, située dans la constellation d’Orion. J’en prenais une bonne dizaine, avec l’aide avisée de Rick, qui s’y connaît super bien en astrophotographie.
Pendant ce temps, Floyd regardait le ciel, les mains jointes, comme s’il communiait avec lui.

Lorsque se fut terminé, nous regardâmes les clichés. Ils avaient besoin d’un traitement à l’aide d’un logiciel pour n’en former plus qu’un seul. Néanmoins l’on pouvait voir chaque photo prise, et c’est presque fiévreusement que je regardais dans le petit écran derrière l’appareil mes toutes premières photos astronomiques. J’avais pris exactement dix photos de trente secondes chacune, et j’avais au total onze photos. La toute dernière était floue, on y voyait comme un brouillard, avec en son centre une tâche plus sombre, presque noire. Rick et moi n’y comprenions pas grand chose car lui n’avait jamais eu ce genre de problème, et pourtant il avait prit exactement 5150 photos avec lui. Ça peut paraître beaucoup, mais c’est une quantité négligeable pour un Réflex numérique.
J’ai pris quelques autres photographies, et toutes étaient réussies, il n’y a pas eu d’autre cliché brouillé.
Très tard dans la nuit, chacun est rentré chez soi. Le lendemain matin, j’ai transféré toutes mes photos sur mon ordinateur. J’ai agrandi celle avec la grosse tache blanche laiteuse, mais n’ai pas réussi à comprendre ce que ça pouvait être.





Dans la journée, je suis parti me promener dans la campagne, l’appareil autour du cou, afin de prendre encore quelques belles photos. Il vibrait presque entre mes doigts, je ressentais comme des pulsations, comme s’il me forçait à appuyer sur le déclencheur. De retour à la maison, je transférais de nouveau les photos, et il y en avait encore une supplémentaire, blanchâtre avec une forme sombre en son milieu, mais cette fois-ci plus nette. J’y distinguais comme une silhouette allongée, bien qu’assez difficile à décrire.
Mais qu’est-ce que pouvait bien être ces photos bizarres ? Qu’est-ce qu’il avait donc cet appareil à me rajouter comme ça des épreuves que je ne prenais pas ? Rick m’avait dit n’avoir jamais eu de problèmes, et je lui fais entièrement confiance.
Je suis sorti sur ma terrasse et j’ai pris une seule photo, l’arbre qui trône au milieu de ma pelouse. Je l’ai pris en vitesse, sans m’appliquer. J’ai regardé ce que ça donnait, et il n’y avait pas une photo, mais deux, mon arbre et encore une autre, opalescente avec en son centre la même forme noire, mais plus visible cette fois-ci. J’ai vite fait le transfert sur mon PC, et la deuxième montrait une silhouette encore plus précise, toujours allongée à même le sol. J’étais sûr que c’était une silhouette humaine, je ne pouvais pas me tromper, son apparence recroquevillée sur elle-même me le criait jusqu’au fond de ma tête.
J’ai retiré la carte mémoire et la batterie et j’ai fais un test.
Je n’aurais jamais dû faire ça !

Je suis ressorti, l’appareil en main. Je l’ai allumé, et bien entendu rien ne s’est produit, puisqu’il n’avait plus ni carte ni alimentation. J’ai quand même visé l’arbre, et j’ai appuyé de nouveau sur le déclencheur. Je me sentais complètement idiot à agir comme ça, aussi irrationnellement, mais j’ai nettement entendu le déclic, ce léger bruit qu’il fait quand tous ses petits rouages bougent pour immortaliser un bref instant du temps qui passe. J’étais dans un état second, me disant que c’était impossible, que jamais oh grand jamais une telle chose pouvait se produire. J’ai regardé sur le petit écran et il y avait ce brouillard indéfinissable, cette silhouette en son milieu, noire et comme annonciatrice d’un événement catastrophique.
Je n’ai pas voulu cette fois-ci effectuer le transfert, j’avais beaucoup trop peur de ce que je pouvais y voir. Cet appareil qui me semblait presque vivant prenait des photos venues d’outre-tombe et me montrait des choses qui n’existaient pas, ou alors uniquement dans ma tête.
Je l’avais attendu si longtemps, économisant des mois entiers, ce superbe Réflex de marque Canon, modèle EOS 400D, pas un tout petit ‘d’ comme dans ‘docile’, ce mot qui signifie qu’un objet doit faire uniquement ce qu’on lui demande et surtout jamais plus, mais avec un énorme ‘D’ majuscule, le ‘D’ de ‘Démoniaque’ ou de ‘Diabolique’.
Il me faisait peur, et je le rangeais dans un meuble, l’enfermant de deux tours de clé.
J’ai passé la soirée en me repassant en boucle ces évènements trop fantastiques à mon goût, et suis allé me coucher sans réussir à trouver le sommeil pour m’éclaircir les idées.

Le lendemain, j’ai pris un petit déjeuner rapide et suis monté à mon bureau pour lire mon courrier électronique. J’ai allumé l’ordinateur, et par curiosité, j’ai ouvert le programme de retouches photos.
Il y avait non plus quatre photos énigmatiques, mais dix, chacune révélant un peu plus l’horrible réalité de ce que j’y voyais, non pas la réalité, mais comme un avenir extrêmement proche. Sur la toute dernière, la photo était nette et précise, et j’ai failli me sentir mal en la voyant : ce n’était plus un brouillard diaphane qui entourait la mystérieuse silhouette noire, mais une route grise et goudronnée sur laquelle gisait une personne, un genou contre son menton, l’autre jambe formant un angle impossible avec le reste de son corps. Je voyais nettement ses yeux grands ouverts et fixes, comme s’il se demandait ce qu’il faisait là couché comme ça sur le sol, d’une façon aussi vulgaire, dans la clarté morne et glaciale d’un ténébreux soleil d’hiver. Il avait une plaie béante à son front, et sa tête reposant sur l’asphalte baignait dans une mare de sang, tellement large que ses vêtements en étaient plus qu’imbibés.
Les yeux agrandis par la terreur, je regardais l’homme allongé sur la route, et cet homme c’était moi.
Je filais au rez de chaussée jusqu’au meuble où j’avais enfermé l’appareil. J’avais du mal à mettre la clé dans la serrure tellement mes mains tremblaient. Au prix d’un effort surhumain j’y arrivais quand même et sortais ce maudit engin surnaturel.
Il était allumé, sans carte ni batterie, et je pouvais y voir les mêmes photos.

J’ai vraiment passé une journée d’enfer, attendant chez moi en tournant en rond que le soir arrive pour retrouver mes amis du club d’astronomie, toujours sur le même petit parking en rase campagne. Je n’y emmenais ni télescope ni appareil photo. Je voulais discuter de tout ça avec Rick et Floyd, deux personnes à qui je pouvais me confier totalement.
J’ai commencé par Floyd, car il était là le premier. Il m’écoutait gravement, je sentais qu’il comprenait vraiment tout ce que je lui disais, qu’il y croyait comme si c’était à lui que cela arrivait. Ça faisait presque une demi-heure que je lui expliquais ma terrible aventure quand Rick nous a rejoint. Je terminais une phrase quand il s’est approché de moi pour me saluer, me demandant si ça m’arrivait souvent de parler comme ça tout seul. Sur le coup je n’ai pas bien compris ce qu’il voulait dire, vu que nous étions maintenant trois sur le parking, les autres arrivant un peu plus tard.
J’ai recommencé mon histoire, discutant cette fois-ci avec mes deux amis. Mais Rick m’a redit qu’il était inutile de regarder ailleurs quand je lui parlais, que se serait plus simple d’une part de me calmer un peu, et d’autre part de le regarder lui et pas je ne sais où, comme si je discutais avec un troisième personnage qui n’était pas là. Là j’ai vraiment disjoncté, parce que c’était très important ce que je leur expliquais, et ce n’était vraiment pas le moment de blaguer en me faisant le coup de l’homme qui n’existe pas. Je le lui ai dis, je lui ai même crié, hurlé que ce n’était vraiment pas le moment. Floyd me disait simplement de rester calme, que je n’y étais pour rien, que ce n’était pas tout à fait de ma faute ce qui s’était passé des années auparavant.
Je restais bouche bée, me demandant s'ils ne se moquaient pas franchement de moi. Alors Rick s’est rapproché un peu plus, et avec toute l’amitié et la sympathie dont il est capable, m’a dit ceci en me touchant le bras : ‘Regarde mec, il n’y a que nous deux ici, que nous deux, tu comprends ? Je ne sais pas qui est ce Floyd à qui tu parlais, mais il y a juste toi et moi, toi et moi et personne d’autre ! D’accord ?’.
Mais ce n'était pas possible ! Ils se fichaient forcément de moi tous les deux. Cela faisait des mois que je voyais Floyd, qu'il venait avec nous quand nous organisions une sortie ! Il parlait avec nous, il discutait avec nous ! Sauf qu'à bien y réfléchir c'est surtout avec moi qu'il s'entretenait, qu'en fait jamais je ne l'ai vu en grande conversation avec quelqu'un d'autre.
Et c'était toujours sur ce parking, jamais ailleurs, avant que les autres n'arrivent, et je ne m'en étais jamais rendu compte jusqu'à ce soir.
Rick a avancé son bras droit devant lui pour me montrer que nous n'étions que tous les deux, comme pour me rassurer, traversant l’opacité de Floyd qui disparut comme une brume dispersée par le vent, un grand sourire sur les lèvres. Mon ami Floyd m’a encore dit une dernière phrase, une petite phrase que je ne devais jamais oublier.
Il m’a dit : ‘je te pardonne’.
Et tout m’est revenu d’un coup.





C’était des années auparavant. Dans une autre époque et dans une autre vie nous étions trois copains prêts à faire les pires bêtises pour occuper nos ennuyeuses journées de vacances. Il y avait en haut de la colline qui surplombait notre village une grosse maison abandonnée, et on la disait hantée. Pour se prouver que l’on avait du courage à revendre, que nous en avions une paire dans nos shorts, une fin d’après-midi d’été nous n’avons rien trouvé de mieux que de monter jusque là-haut pour explorer la maison délabrée.
On a forcé la porte, et nous sommes entrés avec nos torches. Il y avait une forte odeur de moisi à l’intérieur, toute la poussière accumulée depuis des années nous faisant tousser comme des diables. Et il y avait en arrière-plan comme des effluves de mort.
On n'en menait vraiment pas large dans cette immense maison, avec tous ses meubles laissés à l’abandon, son escalier monumental qui grimpait à l’étage, ses vitres sales et cassées qui laissaient filtrer une lumière jaunâtre à travers les volets déglingués. Le cœur serré bondissant dans notre jeune poitrine, on a commencé à fureter de pièce en pièce, prêt à faire demi-tour en catastrophe si jamais on voyait ou entendait quelque chose d’inhabituel.
Et on l’a entendu, ce craquement sinistre à vous glacer les sangs. Et des bruits de pas. Ça venait de l’étage, juste au-dessus de nos têtes. Il y avait comme un murmure d’enfants qui pleurent qui nous vrillait le crâne, c’était comme s’ils gémissaient juste au creux de nos oreilles. Nous avons pris nos jambes à notre cou, sauf que le vieux plancher en bois s’est effondré sous les pieds de Floyd et qu’il est tombé dans le sous-sol de la maison, avec le cri horrible et désespéré de quelqu’un qui se fracasse les os trois mètres plus bas.
Nous nous sommes arrêtés net pour nous approcher du trou dans le sol. Notre ami était dans le fond, au milieu de tout un fatras de choses sales et infectes, et il avait une jambe cassée il me semble, mais ce dont je suis sûr c’est que son autre jambe était transpercée par un pieu en bois, et que c’était vraiment affreux à voir, cet appendice monstrueux et sanguinolent qui sortait de sa cuisse. Son short et sa peau étaient recouverts de sang et il hurlait de chercher du secours mais de ne pas le laisser là tout seul, il ne savait plus ce qu’il disait tellement il était paniqué.
Nous étions complètement affolés, on ne savait vraiment pas quoi faire, et on a été d’une lâcheté sans nom.
Nous l'avons laissé là, notre compagnon de jeux, notre copain, notre ami, avec son pieu qui lui traversait la jambe, à trois mètres sous terre, avec ces pleurs d’enfants qui lui murmuraient dans l’oreille, ces grattements sinistres qui venaient du premier étage, ce je-ne-sais-quoi qui marchait là-haut, dans cette maison hantée qui semblait vivre et vouloir nous avaler, prête à nous rendre fou.
On est sorti comme des fusées de cette maison maudite, après nous être rués tous les deux sur la porte d'entrée, cette fichue porte qui ne voulait pas s'ouvrir car dans notre affolement on poussait au lieu de tirer sur la poignée en hurlant comme des malades, puis dévalant la pente pour courir jusqu’à la première habitation à quatre kilomètres de là, sans nous arrêter une seule fois, la peur nous donnant des ailes. On a expliqué tant bien que mal ce qui nous était arrivé, en essayant de reprendre notre respiration, la gorge en feu d'avoir tant couru, le coeur prêt à exploser tellement il battait fort. Deux heures se sont écoulées entre le moment où nous avions laissé Floyd dans son trou et le moment où la police et quelques curieux ont franchi le seuil de la maison hantée. Deux seules petites heures. Cela a suffit pour que Floyd ne soit plus là, disparu sans laisser la moindre trace, à part son sang sur le pieu toujours érigé dans le fond de la cave.
On ne l’a jamais retrouvé, et je ne me le suis jamais pardonné.
Sauf que mon cerveau a complètement occulté cette partie de ma vie, et que le Floyd que je vois à coté de moi de temps en temps est le jeune homme qu’il serait devenu si je ne l’avais pas laissé là dans cette maison avec une entité malfaisante, ce garçon si intéressant et si touchant dans sa façon d’être qui se manifeste à mes yeux, ce jeune homme désormais disparu pour toujours.
L’autre copain d’enfance est mort écrasé par une voiture.





Il y a toujours un prix à payer pour nos actions, bonnes ou mauvaises. L’appareil photo me dévoile ce qui va m’arriver dans très peu de temps, et il le fait petit à petit, une vraie torture mentale. Tout comme l’autre garçon a bien mal fini sur une route goudronnée, je vais subir le même sort, et je n’y pourrais rien. Les photos sont là pour me rappeler ma couardise, ma lâcheté, moi qui dans ma vie se targue d’essayer de faire le bien du mieux possible, de vouloir faire plaisir aux gens que j’aime, presque un exemple de bonté.
En fait je suis un peu également ce que Floyd me disait dans sa non-existence, un petit homme englué dans son arrogance et ses mesquineries parmi tous les autres, même si on ne le veut pas, parce que justement nous ne sommes que des hommes, et nous avons tellement de défauts.

Il y a maintenant un numéro sur chaque photo, un compte à rebours.
Ça a commencé au numéro trente, et j’en suis au dix-sept. C’est aléatoire, ce n’est pas chaque jour que j’ai droit à une nouvelle photo.
Il n'y en a plus que treize, ça ne me laisse que peu de temps pour apprécier encore la vie et me retrouver avec mes amis et ma famille.
Personne n’est au courant de l’horrible décompte qui se fait, de l’infernale soustraction qui arrivera au chiffre 1, puis au zéro. Même à Rick je n’ai rien dis, je n'en ai pas trouvé le courage.
Comment lui expliquer une chose pareille ?

J’attends le jour où l’on me retrouvera allongé sur une route grise et déserte sous un soleil blafard, dans la clarté morne et glaciale d'un matin d'hiver.

Nous étions jeunes, nous avions peur, et Floyd m’a pardonné.
Alors pourquoi pas aussi le Destin ?
Parce que lui ne pardonne rien, parce que je dois récupérer le prix d'une existence, comme une expiation.
Deux vies pour un innocent, même si c’est injuste.


Et ce maudit appareil photo qui continue de me montrer ses odieux clichés …

auteur : mario vannoye
le 25 février 2008